Fin de l’esprit critique, fin de la science ? Septembre 2016

Au printemps de 430 av. JC, la Grèce venait de connaître la première année de la Guerre du Péloponnèse. Le dirigeant que les Athéniens avaient élu à leur tête, Périclès, fit alors un discours pour honorer les morts tombés durant ces premiers mois de sang.

Après avoir évoqué le régime démocratique athénien pour la défense duquel les combattants ont donné leur vie, régime, dit l’orateur, qui « sert les intérêts de la masse des citoyens et pas seulement d’une minorité », Périclès en vient à ce qui anime profondément les Athéniens : la liberté et son corolaire, la tolérance.

« Nous nous gouvernons dans un esprit de liberté et cette liberté se retrouve dans nos rapports quotidiens, d’où la méfiance est absente. Notre voisin se passe-t-il quelque fantaisie, nous ne lui en tenons pas rigueur et nous lui épargnons ces marques de réprobation qui, si elles ne causent aucun dommage matériel, sont pourtant pénibles à supporter. Mais si nous sommes tolérants dans la vie publique, nous évitons très scrupuleusement d’enfreindre les règles établies. »

La tolérance que Périclès évoque comme étant l’une des pièces majeures de la culture athénienne émergea un ou deux siècles auparavant parmi les populations des îles ioniennes (côte occidentale de la Grèce). Là, la culture tribale connut une évolution décisive, certains se mettant à questionner les mythes qui expliquaient la naissance du monde et son fonctionnement. « Fantaisie », selon le mot de Périclès ? Oui, mais fantaisie qui plutôt que de conduire celui qui s’y livrait à l’exclusion de la tribu et à son exécution probable, permit que se développa ce que nulle autre civilisation n’avait permis de faire naître : la science.

La science, c’est la liberté de critiquer tout mythe et, au fur et à mesure que les mythes ont cédé à la science, toute autre opinion scientifique. Sans critique, la science étouffe, comme ce fut le cas durant la grande période qui s’étendit tout le long du Moyen-Âge.

Telle fut l’opinion de Karl Popper, l’un des philosophes qui, au milieu de 20e siècle, se sont interrogés sur les conditions qui ont permis à la science d’émerger.

Selon Popper, ce furent deux hommes, Thalès et Anixamandre habitant l’une des îles ioniennes, qui inaugurèrent la tradition critique en y soumettant le mythe régnant de leur temps. Celui-ci affirmait que la terre flottait sur l’eau (comme il semblait que ce fut le cas de leur île) : oui, auraient observé ces deux hommes, mais sur quoi repose l’eau ?

Pendant plusieurs siècles, les mythes furent ainsi critiqués et remplacés par d’autres mythes plus satisfaisants. Quatre ou cinq générations après Thalès et Anixamandre, Parménide affirme que terre, lune et soleil sont des sphères, la lune cherchant « mélancoliquement » les rayons du soleil : autre mythe mais infiniment plus satisfaisant que les précédents.

Plus tard, au cinquième siècle avant JC (du temps de Socrate et de Platon), Aristarque élabore la théorie de l’héliocentrisme: la terre tourne autour du soleil et sur elle-même. Poussé par la volonté courageuse et optimiste de comprendre le monde, sans être encore arrivé à la science, on s’est évadé brièvement de la pensée tribale et de l’orthodoxie, dont Popper dit ceci :

« Je tiens que l’orthodoxie est la mort de la connaissance, puisque le développement de celle-ci dépend entièrement de l’existence du désaccord. »

(Le géocentrisme – la rotation du soleil et des planètes autour de la terre – est cependant revenu et est devenu l’orthodoxie pendant deux mille ans, n’ayant été rejeté qu’à la Renaissance.)

Pourquoi répéter cette vieille histoire ? Pourquoi évoquer l’émergence de la pensée critique ? Pourquoi revenir à cette valeur sur laquelle notre civilisation occidentale s’est construite, la liberté ? C’est que bien des signes paraissent indiquer que notre monde post-moderne penche vers le retour de la pensée unique, non-critique, caractéristique des sociétés tribales, archaïques.

Un exemple illustre cette tendance : la théorie « prouvée et incontestable » du réchauffement climatique.

Sur ce sujet, il n’y a même pas photo, comme disent les chroniqueurs sportifs : l’affaire est close.

Selon cette thèse « indiscutable », l’activité humaine, l’industrie, nos moyens de transport et de chauffage, nos styles de vie contribuent à augmenter la température globale de la planète au point que l’on peut prévoir, dans un futur proche, la disparition des glaces aux pôles, celle des glaciers à travers le monde, la rareté des chutes de neige, la sécheresse généralisée, particulièrement en Afrique, et enfin la montée des eaux des océans et l’évacuation d’une partie des terres et des villes habitées par des millions d’humains.

Ce scénario catastrophique serait soutenu par « tous les savants. » Ceux qui auraient la « fantaisie » de s’opposer à lui, pour utiliser le mot de Périclès (ils existent donc, ces savants !) seraient des partisans de la « terre plate » (« flat earth believers ») ou encore des propagandistes à la solde des industriels parmi les plus pollueurs. Titre du Huffington Post: « Réchauffement climatique: l’homme en est la cause, c’est sûr à 99,999% ».

Qu’en est-il de ce réchauffement ?

Selon l’IPCC (Intergovernmental panel on climate change), organisme dépendant des Nations Unies, fervent en matière de réchauffement, a identifié deux périodes de réchauffement durant le 20e siècle : les années 1910 à 1945 et celles de 1975 à 1998. Entre ces deux périodes, on a connu une période de refroidissement. Depuis le début du 21e siècle, le même organisme note une stabilité des températures, donc ni réchauffement ni refroidissement.

Le début du 21e siècle est plus chaud que le début du 20e, mais de peu : + 1 degré centigrade. Pour ce qui est du 21e siècle lui-même, la moyenne des modèles mathématiques qui tentent de saisir l’ensemble des données influençant le climat donne une élévation de la température de 1,5 degrés (les modèles les plus extrémistes du côté des + donnent une élévation de 4 degrés).

D’où vient la variation des températures ? En ce qui concerne celles qui concernent notre temps industriel, l’explication donnée concerne (comme on le sait) les gaz de serre et, particulièrement, le gaz carbonique (CO2) dégagé par la combustion des matières fossiles (bois, pétrole, gaz). La concentration du CO2 dans l’atmosphère ayant augmenté durant le 20e siècle de 38%, on tient là, semble-t-il, le coupable du réchauffement.

Cependant les trois quarts de l’augmentation de concentration de CO2 dans l’atmosphère, a eu lieu après l’expansion industrielle qui a succédé à la Seconde Guerre mondiale. Or, comme l’IPCC l’a reconnu, la première période de réchauffement a précédé cette Guerre, alors que l’activité industrielle était encore peu répandue à travers le monde.

Lier réchauffement et gaz de serre ne va pas de soi. La planète a connu, durant son histoire, des périodes de réchauffement bien avant l’apparition de l’industrie et de l’utilisation par les hommes de combustibles fossiles.

Le Moyen-Âge a vécu l’une de ces périodes. Les vignobles ont progressé vers le nord et se sont répandus en Angleterre : on y buvait du vin comme en France. L’activité industrielle était évidemment nulle.

Plusieurs recherches ont établi que certaines régions du monde ont connu, il y a plusieurs milliers d’années, des températures plus élevées qu’aujourd’hui.

Un chercheur français, Jean-Claude Duplessy, lit-on, a établi que la température de la mer de Barents (mer de l’océan Arctique située au nord de la Norvège et de la Russie occidentale) était plus élevée de 2 degrés par rapport à celle présente au temps de la révolution industrielle. D’autres chercheurs ont démontré que, il y a 9.000 à 11.000 ans, la température de l’Alaska était plus chaude de 3 degrés par rapport à ce que l’on connaît aujourd’hui. Nous savons tous, également, que le Groenland doit son nom (Greenland) à l’existence sur ses territoires, de forêts, disparues alors que d’autres conditions climatiques, plus froides, se sont installées.

D’autres chercheurs cherchent à comprendre pourquoi les glaces, au lieu de disparaître, s’accumulent au pôle sud.

Le climat, qu’il s’agisse du temps du prochain week-end ou le sort du monde dans plusieurs siècles est sans doute le roman policier le plus passionnant que l’on puisse compulser. Pourtant malgré la complexité du sujet, la multiplicité des acteurs, les retournements de situations, l’avis unanime (ou presque) revient à accuser l’homme : le réchauffement, c’est l’homme, c’est nous.

La thèse du réchauffement climatique dû à l’homme (anthropique) entraîne tout le monde, savants et public, vers les grandes profondeurs, là où on n’a plus le pied ; ce n’est pas une affaire de raison : c’est un mythe analogue à ceux qui autrefois ont permis aux tribus de comprendre le monde.

Ce mythe est catastrophique, dramatique et suscite de ce fait l’attention. Durant l’ère chrétienne, on estimait qu’il était impensable que le monde ne fût pas fabriqué pour le bonheur de l’homme. La culture contemporaine se plait d’imaginer que l’homme paie sa dette en détruisant le monde que Dieu a fabriqué pour lui.

Les « gens qui savent », scientifiques, politiciens, journalistes, bureaucrates ont sauté sur la thèse car elle leur permet d’imposer un contrôle généralisé sur les populations et sur leurs modes de vie.

Albert Gore, ex-vice président des USA ayant fait sa fortune sur la thèse du réchauffement climatique anthropique, déclara durant une des manifestations qui se tiennent, presque annuellement, dans les lieux les plus sympathiques de cette planète en voie de destruction (il s’agissait ici de Bali, en l’automne 2007), que les 11.000 participants du congrès, dont 3.500 représentant les gouvernements, 5.800 les NGO et 1.500 les médias, devaient se sentir privilégiés « de vivre un moment où un petit nombre de personnes pouvaient influencer le sort des générations à venir. »

Onze mille personnes tenant dans leurs mains le sort de l’humanité ! Périclès, dont le fantôme, espérons le, rôde encore dans l’espace, doit se frapper le front ! Et Popper, parti lui aussi, tout autant ! La pensée critique, elle, prend sans doute un bain dans l’Océan indien avec les « privilégiés » du Congrès de Bali :tout est bon à prendre !

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